Séparation ou retraite : une nouvelle étape vers le Bonheur

Les mots percutent dans ma tête suite à une discussion avec un ami qui m’est cher. Je me souviens de mon ex-beau-père Michel qui avait un rêve commun avec sa conjointe : s’acheter un Westfalia pour pouvoir voyager après sa retraite.

Madame ne travaillait déjà plus. Au printemps, ils ont acheté le Westfalia et ont commencé à l’aménager, tout heureux à l’idée de l’été et de la liberté qu’ils pourraient enfin vivre ensemble sur les routes après près de 50 ans de vie commune. Ils ont passé quelques week-ends à tester le véhicule et le fignoler à leur goût avant que Michel prenne sa retraite, enfin, en juin suivant.

La liberté était enfin à eux et ils partirent sur les routes du Québec à la découverte de leur vie de retraités. Les nouvelles que nous recevions étaient bonnes. Ils semblaient heureux de cette nouvelle étape de leur vie.

Madame avait toujours été l’organisatrice contrôlante dans le couple mais Monsieur s’en était adapté, travaillant beaucoup la semaine, bricolant dans son atelier le week-end, dans leur grand jardin l’été, passant du temps avec les enfants, laissant Madame gérer la maison et répondant à ses demandes logistiques. Dans le fond, ça l’arrangeait bien. C’était un homme de caractère qui ne voulait pas de conflits et s’arrangeait pour qu’il n’y en ait pas. A sa façon, il vivait sa vie, sa liberté, tout en répondant aux demandes de Madame et de la famille.

Le jour où il a pris sa retraite, il a dû vivre à temps plein avec Madame. Les enfants étaient grands et les petits-enfants dans une autre ville.

En revenant de leur premier grand voyage en Gaspésie au mois d’août, Michel avait une espèce de bronchite qui ne le lâchait pas. Il est allé voir le médecin qui l’a envoyé faire des tests. Cancer des poumons. Six mois plus tard, en février de l’année suivante, Michel avait quitté ce monde. (Les poumons malades représentent, symboliquement et psychosomatiquement, l’étouffement, d’une part, et la tristesse non exprimée, d’autre part).

Note pour la suite : ces propos sont mentionnés en parlant d’un retraité mais s’adressent à toute personne qui se sépare, qui vit un deuil, qui change de travail, de situation sociale, etc…

 

Cette chère liberté

La retraite est un rêve de liberté quand on a travaillé toute sa vie. Le jour où cette liberté est enfin là, la plupart ne savent pas comment l’appréhender. Sans le savoir, ils s’étaient oubliés pour la famille, pour répondre aux demandes de Madame, des enfants, des amis et des collègues, du patron et des engagements sociaux.

Ils avaient montré une partie d’eux-mêmes sans laisser paraître celle derrière. Ils se croyaient forts, de toute façon, croyance que la société leur avait inculqué et qu’ils avaient «achetée» inconsciemment. Ils n’avaient pas à se poser de questions. La vie était toute tracée.

À la retraite, du jour au lendemain, la vie change. Les premiers mois sont heureux, libres de faire ce qu’on veut. On savoure les horaires libres (quand Madame n’est pas là, pour Michel), jusqu’au jour où on ne se sent plus «utile». On se retrouve alors face à soi-même sans savoir qui on est vraiment derrière la carapace qu’on a mise toute sa vie pour bien paraître afin d’être aimé, à suivre les habitudes installées depuis longtemps avec Madame et qui, quelque part, sécurisent le retraité.

La carapace s’effondre et le moral avec car le retraité ne sait pas quoi faire avec ce qu’il découvre et qui l’apeure éventuellement. La vie à temps plein avec l’autre dont on ne connaissait peut-être pas toutes les facettes, l’étouffement de la vie à deux (autant pour Madame que Monsieur), le manque de liberté d’Être parce que l’autre est quand même là, etc… C’est une liberté qui comprend un lot de questionnements auquel le retraité ne s’attendait pas et sa conjointe non plus.

 

Un choix

Un tournant de vie s’amorce. Un choix de vie se présente alors, souvent très inconscient : la Vie ou la Mort.

Choisir la Vie, c’est ce que les célibataires (par exemple) ont dû faire afin de trouver un sens à leur vie, une mission, une raison de vivre. Arrivés à la retraite, ils sont moins dépourvus de cette conscience. Ils ont déjà choisi la Vie et gèrent agréablement leur liberté car, le sens de la vie, ce n’est pas l’Autre mais Soi avant tout.

Pour la personne qui a toujours vécu entourée de sa famille, conjoint(e), amis, la retraite peut être un état consciemment ou inconsciemment insoutenable. Ce sentiment d’inutilité, ne pas savoir qui on est vraiment, sentir que sa vie est encore plus ou moins gérée par/avec l’autre (tout en l’appréciant car c’est sécurisant), amènent le retraité devant une falaise de questions sans réponses.

« Qui suis-je ? Que fais-je ? A quoi je sers ? A quoi puis-je être utile ? » sont les questions que le retraité se pose alors. Ces questions existentielles que beaucoup de femmes se posent tout au long de leur vie, mues par les cycles menstruels et les émotions qu’ils déclenchent et qu’elles doivent apprendre à gérer.

Les hommes, pour beaucoup, ne commencent à se poser ces questions que quand la vie professionnelle achève et que la pleine liberté leur est alors offerte. C’est là qu’on voit malheureusement beaucoup de retraité(e)s (et/ou leur conjoint.e) sombrer dans une petite mort qui va éventuellement les amener à la Mort s’ils ne décident pas que cette nouvelle partie de leur vie est celle d’un nouveau Bonheur à créer. Cette étape nécessitera éventuellement une séparation d’avec le(la) conjoint(e), un déménagement et/ou se libérer de biens matériaux ainsi qu’une nouvelle vision de la vie à laquelle on doit s’ouvrir. Les décisions pourront être difficiles mais les cadeaux qui suivront en vaudront la peine.

La mal-a-dit va exprimer l’inconscient de ce qui n’est pas encore « descendu » dans le conscient. Les maux physiques divers vont exprimer les douleurs psychologiques refoulées et non exprimées. Par exemple, les poumons n’en pourront plus d’étouffer et d’être tristes de ne pas vivre la vie désirée (c.f. Michel). Les genoux (Je-Nous) vont lâcher à la séparation si celle-ci n’est pas consciemment et pleinement acceptée (séparation professionnelle et/ou de couple). La rate va en prendre un coup (siège du goût de vivre) et le moral va décliner (c’est pour ça qu’il est important de rire !).

Pour en savoir plus sur les mal-a-dits et leur symbolique psychosomatique, le Dr. Luc Bodin l’explique à ce lien et le Dr. Olivier Soulié en parle longuement dans ce document PDF.

 

La décision du retraité

C’est ainsi qu’on voit souvent des retraités, heureux d’être enfin à leur retraite, mourir quelques mois ou années après l’avoir prise. On voit aussi des conjoint(e)s de retraité(e)s partir pour l’autre monde alors, ne supportant plus la vie à deux à temps plein.

A cet âge, on n’a plus envie ni le courage de «travailler» à accepter l’autre et ses manies, ou de se séparer car on ne se supporte plus. On n’a plus la même verve face à la vie, le même courage d’affronter ce qu’elle nous fait vivre et qui chamboule le coeur et l’âme sans savoir comment gérer les questionnements et les émotions qui vont avec car on n’en a pas les outils. Pour certains, la retraite va vouloir dire se laisser aller vers la mort, rapidement ou tout doucement, à travers la dépression et/ou les maux et mal-a-dits divers du corps.

Pour d’autres, apeurés devant cet inconnu mais qui sauront avoir le courage de se regarder en face et apprécier une autre facette de la vie (celle de la Conscience, du cheminement vers Soi), la retraite sera un nouveau Bonheur à créer chaque jour avec joie et amour pour Soi, d’abord, et pour les autres aussi. Ce sera l’occasion d’accueillir, de découvrir, d’apprendre de nouvelles choses dont on n’avait peut-être jamais entendu parler et qui permettent d’aller découvrir qui on Est vraiment et ce qu’on veut vivre pour passer les dernières années de sa vie de façon la plus heureuse qui soit.

Le Bonheur est un choix, une décision et un chemin que seul le retraité (et toute autre personne en transition de vie) peut prendre, peu importe ce que son entourage en pense : la Vie ou la Mort.

S’il choisit la Vie, la falaise devant laquelle le retraité se trouve n’est alors plus qu’une marche de l’escalier du Bonheur à gravir avec détermination, douceur, compassion, bienveillance et accueil de chacune des étapes vers Soi à travers les peurs qui vont se présenter mais qui ne seront que passagères.

C’est alors qu’une nouvelle personne pourrait apparaitre et choisir d’être à ses côtés sur ce nouveau chemin. Il n’y a pas de hasard. Quand on change, l’entourage change. Les rencontres arrivent toujours exactement quand et où on en a besoin. Il reste au retraité à choisir ces cadeaux, à accueillir et créer son nouveau Bonheur même si cela lui fait peur.

Il n’y a qu’UNE chose qui fait peur dans la vie : l’Amour (au sens large : la paix du coeur, la joie de vivre et l’amour amoureux aussi éventuellement), ce qu’on ne connait pas mais qu’on espère du plus profond de Soi.

Alors : l’Amour ou la peur ? La Vie ou la mort ?

Là où il y a de la peur, l’Amour n’a pas de place.
Là où il y a de l’Amour, la peur n’a pas de place.
Seul l’Amour est permanent et immuable.
La peur n’est que passagère.
Le cadeau derrière la peur est l’Amour.

De tout ❤️

Dominique Jeanneret

© Texte Dominique Jeanneret – Vous pouvez reproduire ce texte dans votre site ou blog non-commercial à condition de ne rien y changer, de laisser ces dernières lignes et le lien vers ce blog https://dominiquejeanneret.net par respect pour l’auteure, que vous le preniez en entier ou juste un bout. Merci !

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