Je n’ai plus envie de parler

porte-au-coeur

« Do, elle ne parle jamais d’elle ! » de dire ma meilleure amie à ma mère, il y a bien longtemps.

C’était vrai. J’étais une véritable huitre. J’ai toujours été plus une écouteuse-observatrice-écriveuse qu’une parleuse.

J’ai changé. Je me suis ouverte. J’ai appris à faire confiance, à me confier. J’ai appris à parler de moi, parfois trop, parfois mal, parfois bien. Ces dernières années, cependant, je trouvais que je parlais trop de moi. Pas que ce soit de l’apitoiement mais je n’aimais plus dévoiler mes états d’âme. Il me semblait que quelque chose n’était pas juste.

Pourtant, quand je les écrivais tous les jours sur mon blog, en 2005-2007, j’avais des milliers de lecteurs. Certains me couraient après si je n’écrivais pas tous les jours ou presque. Ma vie intime intéressait tant de monde qui se retrouvait en moi. Eh oui, nous avons tous les mêmes problèmes. Rien de nouveau sous les cocotiers !

J’étais heureuse de partager ainsi ma vie et que d’autres s’y retrouvent et puissent apprécier les outils que je donnais pour me sortir de situations émotionnelles parfois délicates et difficiles. J’avais l’impression de faire ma part pour l’humanité tout en étant appréciée et reconnue, même si ce n’était que virtuel. Une façon d’avoir l’impression d’exister tout en restant cachée derrière mon ordi.

Et puis j’ai arrêté. Et puis j’y pense des fois, à vous raconter ma vie, ce que je ressens, ce que je comprends, ce que je découvre. Je viens de passer trois mois au Sri Lanka mais je ne vous ai quasiment rien raconté. Ce n’est pas que je n’y ai pas pensé. C’est que je n’en ai plus envie. C’est parce que je n’en parle plus, en fait.

Déposer mes états d’âme

En arrivant là-bas, je ne pouvais parler de mes états d’âme à personne, sauf à mon ami le moine Kusala Thero, un peu. Juste pour déposer les états d’âme et poser les actions afin de les arranger. Je portais une tristesse et une colère très anciennes, très profondes, depuis si longtemps. Je voulais m’en débarrasser et trouver la paix, peu importe comment.

Ensuite, je n’ai même pas eu envie d’écrire. Je l’ai gardé pour moi, ce cheminement, dans mon coeur, et je l’ai laissé faire le chemin qu’il avait à faire. Les chants sacrés chantés tous les jours pendant trois semaines par mon ami Kusala Thero au temple où j’allais une à deux fois par jour ont fait une partie du chemin. Le repos, être loin de ma vie quotidienne, des gens que je côtoie d’habitude, me créer une nouvelle vie là-bas avec d’autres personnes, d’une autre façon, m’a permise de prendre le recul nécessaire pour prendre soin de ces états d’âme désagréables.

C’est finalement tout à la fin de mon voyage que je pense avoir déconnecté définitivement de ces états désagréables qui me tiraient en bas tout le temps sans que je ne sache pourquoi ni comment m’en défaire. Il suffit de quelques mots souvent… (voir dans mon article précédent pour les détails).

Quand je suis rentrée à Heenatiya ensuite, après ces cinq jours de retraite de méditation Vipassana, – et surtout après ma discussion avec Bhante Kassapa, du centre de méditation, qui m’a permise de déconnecter cette tristesse et cette colère ancestrales -, j’en ai parlé avec Kusala Thero. « Maintenant, je me sens heureuse, enfin ! » ai-je conclu mon rapport de retraite en souriant, les yeux clairs et lumineux.

Il a souri. Il était heureux aussi. « Tu as tellement changé entre ton arrivée il y a trois mois et aujourd’hui. J’en suis tellement content ! ».

Moi aussi… Je me suis vue changer, sans en faire de cas, sans tout expliquer, sans chercher à comprendre, juste en appréciant la vie et vivant ce qu’elle me mettait sur mon chemin avec ouverture et confiance. Je voulais arriver à quelque chose et je pense que j’y suis arrivée. Trois mois, dans une vie, c’est si peu mais j’avais besoin de les prendre, juste pour moi.

Le miroir de soi, de qui on est ou était

Il y a quelques semaines, j’ai eu une de mes bonnes amies par skype. Elle vit dans un autre pays depuis 3-4 ans. Ce qui était un rêve au début est devenu une tâche. Elle n’est plus dans son rêve qui est devenu une routine. Elle m’a parlé longtemps. Je l’ai aiguillée sur un réalignement avec ses rêves.

Je n’ai quasiment pas parlé de moi. L’écouter se dévoiler ainsi dans ses soucis et états d’âme malheureux m’a donné encore plus envie de ne plus parler des miens. J’ai plutôt envie de prendre soin de chaque jour de ma vie avec compassion et douceur, d’aller de l’avant plutôt que de tergiverser dans le passé ou dans un présent à côté de ses pompes, de celui dans lequel on tourne dans nos illusions sans arriver à s’en sortir.

Agir plutôt que de parler

J’ai toujours peu parlé. Ça ne veut pas dire que je ne réfléchis pas, bien au contraire, mais je préfère l’action. C’est d’ailleurs ce que je propose dans mes stages. On regarde sa vie sans tourner dans ce qui ne va pas. On en prend soin, on comprend, on déconnecte et on crée pour aller vers ce qu’on veut.

Qu’on parle ou pas, on ne comprend pas toujours ce qu’on vit, ce qui se passe, mais on sait et on sent qu’on est au bon endroit, au bon moment, de la bonne façon. La méditation m’aide beaucoup à rester alignée. Depuis que je suis rentrée en Suisse, j’ai retrouvé mon ordinateur principal et ai donc pu installer le CD de chants sacrés de Kusala Thero. Je commence mes méditations avec ces chants que j’apprends petit à petit, qui me font beaucoup de bien au coeur.

Retraite bienfaisante dans la solitude ressourçante

Depuis que je suis rentrée du Sri Lanka, je n’ai pas encore eu envie de voir ni de parler à personne sauf par internet. Après avoir passé plusieurs mois avec du monde tout le temps ou presque, je profite à plein de l’appartement de mon amie à Genève qui n’y est que pour dormir ou presque.

Parler de ses états d’âme est important. Les déposer, les partager, sans victimite ni jugement, juste déposer. C’est tout. Tourner dedans et s’y enliser, par contre, n’est pas utile du tout pour notre bonheur. C’est même déprimant et illusoire puisque ce ne sont que des moments de passage dans notre vie pour nous faire comprendre quelque chose.

Ensuite, laisser la vie aller. Rester connecté à ce qu’on veut vraiment sans renier quoi que ce soit mais, au contraire, accueillir les émotions, en prendre soin, avoir de la compassion pour soi – sans tomber dans la pitié -, et toujours revenir au centre, aligné à soi, à son coeur car c’est là que se trouve la paix, le bonheur du moment présent.

En méditation, quand on touche à cet espace où rien ne bouge, où tout est paix, amour et lumière, on sait qu’on est à la bonne place. La meilleure, l’unique. On aime tellement cet espace qu’on a juste une envie : le vivre en permanence dans notre vie. Nos soucis et émotions en tous genres prennent alors une bien moindre importance.

Pour être heureux, permettez-vous de toucher à cet espace, de vous y fondre et de vous en remplir, puis regardez en avant et avancez !

C’est ce que je me suis offert durant ce voyage au Sri Lanka, de revenir à ce que j’ai toujours aimé… parler peu et juste ressentir, apprécier.

Je n’ai pas envie de parler. Je n’en ai pas besoin. Je n’ai même pas envie de raconter mon voyage, tout ce que j’ai vécu, pas encore. Je décante. Je suis bien, tout simplement, et je savoure pleinement et avec infinie gratitude ces moments de repos, de silence, de douceur de moi à moi…

Surtout, je savoure tout cet amour que j’ai reçu de la part de Kusala Thero qui m’a offert tant de belles choses au début de mon voyage. Je n’en revenais pas. « Tu as donné toute ta vie. Maintenant, c’est à ton tour de recevoir ! » m’a-t-il expliqué alors que je débordais de gratitude pour ce qu’il m’offrait, les larmes aux yeux. J’ai alors accepté de recevoir…

Et j’ai reçu tant, durant ces trois mois. Tant d’amour, de tendresse, de joies, de simplicité, de partages dans la douceur. Je m’y suis fait une nouvelle famille d’âme et de coeur et je suis revenue avec un coeur rempli d’amour… Pour la suite, le défi, c’est de garder cet état en bon état de… bonheur !

Alors, pour tout de suite, je ne parlerai pas plus… je savoure !

Et vous, est-ce que vous savourez aussi ces beaux petits moments que la vie vous offre plutôt que de parler de tout ce que vous trouvez qui ne va pas dans votre vie ?! Est-ce vraiment vrai que ça ne va pas ?!

Avec Amour,

Do

Fleurs en offrande au temple
Fleurs en offrande au temple
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Vue sur les montagnes autour de Rockhill meditation center au Sri Lanka.

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